Mehdy Sacré

Ma vie, ma famille, ce qui m'amuse, me touche et me passionne.

jeudi 26 avril 2007

TABLE  DES   MATIERES
Ch 1.  L’armée avant 1940
page     2 Ch 2.  La Guerre
page    8 Ch 3.  La captivité
page    18 Ch 4.  Ma première évasion ( Aou 42 )
page    24 Ch 5.  Ma deuxième évasion (oct. 42 ) page    55 Ch 6.  Ma troisième évasion ( Jan 43 )
page    64 Ch 7.  Ma quatrième évasion ( Jun 43 )
page    69 Ch 8.  Ma cinquième évasion ( Oct 43 )         
page    73 Ch 9.  Ma sixième évasion ( Avr 45 )
page    82 Ch 10.  La libération et le retour
page    87                                                                                                    
ANNEXES A : Curriculum  vitae et listes des camps et stalags fréquentés par l’auteur
             B : Evasions reconnues par la Commission des Evadés de la guerre 40-45
             C : Petite pièce de théâtre créée et interprétée fin 1940 D : Chanson écrite en Avril 1941          
                  sur un air connu de l’époque

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samedi 28 avril 2007

Dans ces quelques pages, vous trouverez un résumé de ma vie dans l’armée belge avant et pendant la guerre 40 – 45, ainsi que le récit de mes évasions lors d’un séjour de cinq ans dans les camps de prisonniers  en Allemagne.     Victor  SACRE

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Ch  1.    A   l ‘ armée  avant  1940
Untitled1En 1934, diplômé de l'Ecole Industrielle Supérieure de Charleroi j’entre au service militaire, où dès le 16 août, je suis désigné pour la Compagnie Ecole du 13ème de Ligne. Je suis nommé caporal en octobre, sergent en avril de l’année suivante, et je passe à la 4ème compagnie (mitrailleurs). Vu mes bons résultats aux examens, je suis admis au cours d’officier de réserve. Fin août 35, il y a un recrutement d’élèves pilotes pour l’aviation militaire et je passe les examens à l’Ecole Militaire à Bruxelles. Début septembre, on m'avertit que j’ai réussi et je suis convoqué pour la visite médicale à l’Hôpital Militaire de Bruxelles, où l’on me déclare apte. Après avoir passé les derniers examens au régiment, j’obtiens le brevet de sous-lieutenant de réserve le 25 septembre 1935. Quelques jours avant la fin de mon service militaire, je suis convoqué pour l'école de Pilotage à Wevelgem. Nous sommes 18 élèves pilotes. Nous commençons à voler en double commande sur les Avro 504 et mon moniteur est le capitaine Arendt. Le mauvais temps nous fait perdre plusieurs jours mais le 28 octobre, je suis lâché seul. Sur les 18 candidats, 4 sont éliminés. Maintenant, nous volons seuls, environ une heure chaque jour. Les doubles commandes recommencent sur Avro 626, Morane et Breguet, et nous sommes dix à être lâchés en solo fin décembre 1935. En janvier 1936, à nouveau vol en double commande, mais cette fois, sur les Fairey Fox Hispano de 860 CV. En février, je suis lâché seul et je passe alors sur les monoplaces Fairey Fire Fly (avions de chasse )

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Le 12 mars 1936, nous sommes quatre, Vantichelen, Devos, Burlet et moi, à obtenir notre brevet de pilote de chasse. Nous effectuons maintenant des exercices de tir sur cibles au sol et contre avions à la mitrailleuse photo. Début avril, nous allons une semaine à la côte belge pour des tirs à balles réelles contre des panneaux - cibles tractés par des avions et aussi sur des cibles flottant sur la mer. C’est à la côte aussi que nous effectuerons nos premiers sauts en parachute ; je dois reconnaître que c’est terriblement impressionnant, surtout avant que le parachute ne s’ouvre. 15 avril 1936 Je rejoins le 2ème Régiment d’Aéronautique à Nivelles et je suis affecté avec Burlet à la 37ème escadrille, tandis que Devos et Vantichelen vont à la 6ème Escadrille. Nous volons tous les jours et quand l’itinéraire le permet, je vais survoler la maison de ma future épouse. Elle me signale avec exactitude les dates de mes passages, car lorsque je survole la maison, il paraît que son chien, un grand berger allemand, aboie ; c’est incroyable. Tout marche bien jusqu’au début du mois de mai, c’est à ce moment que j’encaisse mon premier crash. Un pneu éclate à l’atterrissage, mon appareil pique du nez et se retourne. Je suis coincé dans le cockpit et on doit venir me dégager. Je ne suis pas blessé mais on m’expédie quand même à l’hôpital de Nivelles pour examens ; je n’y reste que trois jours et je reviens à l’escadrille. Nous commençons les combats aériens, il y a toute une discipline à observer pour éviter les accrochages : c’est toujours le même pilote qui doit dégager en grimpant et l’autre pilote, son présumé ennemi, qui doit dégager en plongeant. Les exercices se déroulent normalement et pourtant ce sera la cause de mon deuxième accident. 18 juin 1936 Exercice de combat avec Burlet comme adversaire. Selon les instructions reçues, je dois dégager en grimpant et Burlet doit plonger. Les premiers face-à-face se déroulent bien, puis c’est le drame. Je grimpe une énième fois pour dégager, mais Burlet fait de même et vient percuter le dessous de mon appareil. Ce dernier se brise net à hauteur du poste de pilotage, je suis projeté contre le cockpit qui se détache en partie. Je suis à demi étourdi mais je parviens quand même à quitter l’appareil et à actionner mon parachute qui s’ouvre heureusement. Ces opérations ont pris un certain temps car je me trouve à moins de cent mètres du sol. Le contact avec ce dernier est très brutal et je reste inanimé. Entre-temps, les deux avions enchevêtrés sont déjà tombés et malheureusement, Burlet est resté prisonnier de son avion. Il est tué sur le coup et personne ne connaîtra jamais la raison de sa manœuvre suicidaire. J’ai repris connaissance et je suis transporté directement à l’hôpital de Nivelles où je subis plusieurs examens radiographiques ; heureusement, je n’ai rien de cassé. J’ai bien quelques blessures aux mains et à la figure, mais sans gravité. J’ai mal partout, surtout aux articulations, mais il paraît que c’est normal.

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Avro 504 Après un vol en solo sur Avro 504 (Voici l’auteur debout au centre de la photo) Avro 626 Deux infirmiers viennent alors me mettre des bandages serrés : bras, jambes, tronc et défense de bouger. Je ressemble à une momie !

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Le lendemain, j’ai la visite de ma maman et de mon papa, ils ont été avertis de mon accident. Peu après, c’est Andrée, ma future épouse et son papa qui arrivent. Ma maman et Andrée se mettent à pleurer quand elles me voient couvert de bandages. Je leur explique que je n’ai rien de grave, mais que je dois rester plusieurs jours sans bouger. A ce moment survient le capitaine de Galatay mon commandant d’escadrille. Il me dit : ‘’ Comment va le miraculé ? Tu as vraiment eu une chance exceptionnelle, j’ai vu l’accident et je me demande toujours le motif de la fausse manœuvre du malheureux Burlet. Je vois que tu as de la visite, nous en reparlerons demain ‘’ et il sort. 28 juin 1936 Je quitte l’hôpital et peu après je recommence à voler. Tout va bien ; ce qui ne va pas, c’est du côté de la famille, ma maman et Andrée voudraient bien que je quitte l’aviation. J’aime ce métier ! Que faire ? Ma tenue bleue vient d’arriver mais je ne sais la mettre, les épaules sont trop étroites ; est-ce une coïncidence ? Je parle au major Debocq, notre commandant de groupe, de ma situation embarrassante. Il me dit : ‘’ Si tu veux continuer à voler, on vient de former un cadre de réserve avec les pilotes qui ont quitté l’aviation militaire. Seulement, il y a obligation de voler en escadrille deux jours chaque mois et tir à la côte en avril et en septembre. Si tu es d’accord, tu passeras au service technique, tu resteras ‘’ kaki ‘’ mais tu pourras toujours porter l’insigne de pilote ‘’. J’accepte ! Au service technique, je m’occupe du registre des entretiens et des réparations des avions. Comme prévu, je vole tous les mois et je participe aux tirs à la côte. Personne ne s’inquiète de la situation, mais moi, ce qui m’inquiète, ce sont les perspectives d’avancement en grade. Le major Debocq me conseille de rejoindre mon unité d’origine, le 13ème de Ligne et m'affirme qu’il n’y aurait rien de changé pour mes prestations de pilote de réserve. Fin septembre, ma demande est acceptée et je retourne à la 4ème Compagnie du 13ème de Ligne à Namur. Comme prévu, je suis convoqué tous les mois pour les séances de vol. 25 mars 1937 Je suis nommé sergent d’active et ainsi, enfin rassuré sur la suite de ma carrière militaire. 21 mai 1938 Comme j’ai quitté l’aviation, Andrée a accepté de devenir mon épouse. Mes stages à l’aviation dureront jusqu’en 1939 ; c’est ainsi que j’ai appris à piloter les Hurricane et les Gloadster. En juin 1939, l’Allemagne envahit la Tchécoslovaquie, la Pologne et c’est la mobilisation générale. Je suis averti que le cadre de la réserve arrête momentanément ses activités, mais que je serai rappelé à l’aviation militaire en cas de guerre .

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Lors de mon mariage avec Andrée, le 21 Mai 1938

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Ch 2.   La  guerre
Jeudi 9 mai 1940. La 4ème Compagnie du 13ème Régiment de Ligne et une partie du premier bataillon sont en cantonnement sur les hauteurs de Malonnes non loin de la citadelle de Namur. J'assume les fonctions de Premier-Chef à la 4ème Cie, donc responsable de l'exécution des ordres du commandant de compagnie, de l'armement et d'une partie du service intérieur.- Vers 20 heures, je suis averti que les congés sont rétablis (depuis le 2 mai, ils étaient suspendus). Bonne affaire, je consulte la liste des partants et m'en vais aux baraquements prévenir les hommes de la bonne nouvelle. C'est évidemment une explosion de joie qui accueille mes paroles. J'avertis les heureux bénéficiaires que le lendemain à partir de 6 heures, ils peuvent apporter leur paquetage au magasin de la compagnie. Je passe au bureau du commandant, le commandant Faniel est toujours là, nous parlons des événements et il me communique les ordres pour le 10 mai puis je vais me coucher. Vendredi 10 mai 1940 03h- Je suis brusquement réveillé par des coups frappés dans la porte et des cris " premier chef, premier chef " je me dis, ils sont fous de venir si tôt et j'ouvre ma fenêtre pour les calmer. Surprise, ce ne sont pas des partants en congé mais une estafette à moto qui me dit "je vous apporte les ordres de l'état-major, il y a alerte du territoire, il faut avertir le commandant et faire lever les hommes. C'est la Guerre ! Les Allemands envahissent la Belgique !" Je m'habille en vitesse et je file vers les baraquements. Je crie "la guerre est déclarée, apprêtez vos affaires et rassemblement’’. Le commandant a aussi été averti. Les soldats ont compris la gravite de la situation et personne ne traîne. 04h- Tout le bataillon se met en marche et nous stationnons dans le "Bois de Marlagne", en haut de la citadelle. Nous sommes à peine arrivés, alerte aérienne, une vingtaine d'avions allemands survole le bois mais à haute altitude. Ils reviennent, nous dit-on, d'un bombardement sur l'Angleterre. Samedi 11 mai 1940 Le bataillon se déplace en direction de Marchovelette pour atteindre les défenses de la place de Namur. Nous occupons les fortins et des tranchées sont creusées pour les relier.

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Dimanche 12 mai 1940 07h- Nous apercevons au moins trente avions qui arrivent vers nous, nous croyons avoir affaire à des anglais mais les bombes qui tombent nous prouvent le contraire. Puis ce sont les stukas qui nous attaquent avec des rafales de mitrailleuses et un bruit effrayant de sirène. C'est notre premier baptême du feu et tout le monde se fait le plus petit possible. Heureusement l’alerte ne dure pas trop longtemps mais il y a des victimes. Une bombe est tombée à proximité de l'endroit où est rangé notre charroi, mon camarade Martin et deux soldats de la compagnie sont tués et il y a une dizaine de blessés. Dans la journée nous voyons repasser en désordre des soldats du 1er Régiment de Ligne, ils ont abandonné Liège, il parait que les Allemands avancent vite. Lundi 13 mai 1940 Je pars tôt le matin avec les caissons de mitrailleuses pour aller chercher un complément de munitions au dépôt de Jambes. Pendant le chargement, alerte, des bombardiers accompagnés de stukas apparaissent au-dessus de Namur et les bombes pleuvent sur la ville. C'est vraiment un déluge, les destructions sont nombreuses ; dans la rue il y a des morts et partout des gens affolés courent pour essayer de se mettre à l'abri. Heureusement, comme la veille, le bombardement est de courte durée. Peu après, des ambulances arrivent et s'occupent des blessés et des morts. Dans l'après-midi, je retourne avec le chargement vers nos positions, le chemin est difficile à cause des trous de bombe et des démolitions. Je rejoins enfin mon cantonnement, ce dernier a subi aussi un bombardement mais plus léger qu'à Namur et il n'y a pas de victimes. Mardi 14 mai 1940 Des soldats repassent toujours sur la route, mais cette fois il y a aussi de nombreux civils qui abandonnent leur maison. Je suis dans un fortin quand la sonnerie d'alerte retentit, c’est une patrouille qui vient de rentrer dare-dare pour signaler l'arrivée de plusieurs autos blindées allemandes. Où vont-elles déboucher ? Nous sommes prêts à les recevoir ! Elles apparaissent sur notre droite, il y en a quatre, elles avancent vers les fortins en tirant des rafales de mitrailleuses. Elles sont environ à cinq cents mètres quand nos canons antichars, les "4,7" interviennent avec précision et c'est la fin des autos blindées qui reçoivent chacune plusieurs obus. Une patrouille envoyée sur place peu après signale qu'il n'y a aucun survivant et que l'endroit est tranquille. Mercredi 15 mai 1940 Nous sommes informés que nous allons devoir quitter nos positions, nous serons relevés par des soldats français. 12h- Nous les voyons arriver, se sont des nord-africains, ils sont exténués, ils viennent à pied de Givet.

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Je suis auprès du major pour leur remettre les consignes de tir des fortins, mais rien à faire, ils ne veulent pas entrer dans ces fortins. Pour eux, ce sont des cercueils en béton. Après discussion de notre major avec leurs officiers, ceux-ci se déclarent impuissants à les faire changer d'avis ; ils disent que leur artillerie va bientôt les rejoindre et que les fantassins n'occuperont que les tranchées, qu'ils agrandiront si nécessaire. Pour nous, le retrait a été ordonné, le matériel a été chargé et dans la soirée nous partons. Jeudi 16 mai 1940 Nous repassons à Malonnes, Floreffe, il y a de plus en plus de civils sur les routes, et nous prenons la direction de Charleroi. Nous arrivons à Auvelais/s/Sambre où passés la Sambre, nous devons nous mettre en position de combat. Vendredi 17 mai 1940 On nous apprend qu'il y a de nouvelles incursions de chars et d'autos blindées allemandes mais jusque midi, on n'en voit pas. Ce que nous voyons par contre, c'est toute une bande de soldats nord-africains, ceux qui nous avaient relevés à Namur. Ils ont abandonné leurs positions à cause des bombardements et des mitraillages des stukas. Ils nous crient ‘’ les chleuhs sont là ‘’. Puis continuent leur fuite. Peu de temps après nous voyons alors un char allemand et des autos blindées mais cette fois il y a l'infanterie du génie sans doute car ils transportent des canots ; probablement pour établir un pont sur la Sambre. Ils arrivent à bonne distance de tir et nous ouvrons le feu, le char est détruit ainsi que deux autos blindées grâce à nos canons antichars et les mitrailleuses empêchent les fantassins allemands d'approcher de la Sambre avec leurs canots. Puis, plus rien, les autres autos blindées ont fait demi-tour. Nous attendons ; mais l'ordre de repli est à nouveau là, nous devons encore partir. Nous quittons nos positions dans la soirée, direction Charleroi. Nous sommes stoppés peu après notre départ pour laisser le passage à une division blindée française qui monte vers le nord. Il parait que la Hollande a capitulé après quatre jours de guerre et que les troupes allemandes qui s'y trouvaient foncent vers le sud. Du 18 au 19 mai 1940 Nous passons par Gosselies, Nivelles qui a subi un bombardement, Braine le Comte, Lessine, Enghien. Notre route est souvent difficile à cause du nombre de civils qui évacuent et surtout par les mitraillages des stukas qui jettent la panique et font de nombreuses victimes. Nous faisons halte à Audenarde. Lundi 20 mai 1940

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